Lettre à la jeunesse Gabonaise

Africa, this is no time for Fatalism
March 6, 2016
October – AYMer of the Month
November 7, 2016

Chers frères et sœurs,

Chers compatriotes,

 

C’est en tant que simple citoyen gabonais que j’adresse cette lettre à quiconque jugera bon

de la lire et essaiera d’en comprendre la portée.

 

Notre pays vit actuellement la fin d’un processus électoral particulièrement dense. Pendant

plusieurs mois, nous avons parlé de cette élection. Pendant plusieurs mois, nous nous

sommes affrontés, sur les plateaux télévisés, sur les réseaux sociaux, dans nos universités,

dans nos quartiers. Ce 31 août 2016, le candidat Ali Bongo Ondimba a été donné vainqueur

du scrutin par la Commission Electorale Nationale Autonome et Permanente. L’opposition

conteste cette issue et demande un recomptage des suffrages exprimés. L’Union

Européenne et les Etats-Unis d’Amérique quant à eux demandent que les résultats de ce

scrutin soient communiqués par bureaux de votes. Sur cette base, tout indique que tant que

les institutions nationales compétentes n’auront pas accepté de s’engager sur cette voie, il

est peu probable que notre capitale retrouve la stabilité et la quiétude perdues quelques

minutes après l’annonce officielle des résultats de l’élection du 27 août dernier.

 

Depuis quelques heures, le spectacle auquel nous assistons dans les rues de Libreville se

traduit par des violences de toutes sortes. Affrontements entre nos forces de sécurité et des

civils, violences exercées par des civils sur d’autres civils, vandalisme exercé sur des

commerces, des automobiles incendiés et j’en passe. Tout ceci participe à instaurer un

climat d’insécurité que nous ne pouvons supporter. En tant que citoyens, nous ne pouvons

assister passivement à ce qui à tous égards ressemble au début d’une crise qui durera

longtemps si nous n’agissons pas avec raison.

 

La raison, ce serait pour nous tous, considérant ce qui précède, de demander effectivement

le recomptage des voix et la communication des résultats bureau de vote par bureau de

vote. La raison, ce serait aussi de demander une concertation urgente de l’ensemble de la

classe politique gabonaise en vue d’identifier les voies et moyens nécessaires à une sortie de

crise qui ménagerait au mieux les intérêts élémentaires de chaque partie. C’est la seule voie

par laquelle nous puissions pleinement œuvrer à limiter les dégâts que notre inaction

engendrera fatalement. A ceux qui comme moi ont voté pour Ali Bongo Ondimba, je veux

dire que nous ne devons craindre ce qui est demandé à ce jour par une partie de notre

peuple ainsi que l’opinion internationale si nous avons confiance en notre victoire. Mais

dans l’hypothèse où le recomptage des voix aboutirait à la proclamation d’une défaite

électorale pour notre bord politique, nous devrons accepter ce résultat et apprendre à

incarner une nouvelle opposition gabonaise. Sachons qu’il n’y a jamais de fatalité dans un

choix politique bien mûri, et les plus valeureux sauront entendre cet argument. Nous avons

des amis, des pères, des mères, des frères, des sœurs et des connaissances dans

l’opposition. Certains d’entre eux auront décidé ou décideront de descendre dans la rue

pour contester le verdict annoncé ce 31 août. Face à eux, les forces de sécurité et de défense

joueront leur rôle de maintien de l’ordre et de défense de l’Etat. Nous ne pouvons rester

passifs face à l’issue inévitable d’une telle confrontation, car nous pouvons tous aisément

l’imaginer. Nous ne pouvons rester les bras croisés et espérer que tout cela se tasse avec le

temps car c’est le sang et les larmes de compatriotes qui seront versés. Le prix du sang et

des larmes c’est la haine et la rancune. Nous devons refuser d’assumer cet héritage qui

rompt avec l’histoire du Gabon.

 

Je m’adresse aux jeunes. A ceux qui ont battu campagne, chacun pour le candidat de son

choix et à quelque niveau d’implication que se soit. Je m’adresse aux jeunes de la majorité

au pouvoir et à ceux de l’opposition. Je m’adresse aux jeunes qui sont aujourd’hui dans la

rue. Le Gabon nous appartient à tous. Nous sommes l’avenir de ce pays. La République

Gabonaise exige de nous que nous désarmions les cœurs et que nous sachions reconnaître

et défendre l’intérêt supérieur de la Nation. Le temps de la campagne est derrière nous.

Nous devons défendre nos convictions en tous lieux et temps, mais nous devons les

défendre dignement. Nous devons donc, aujourd’hui plus que jamais, éviter d’exciter les

passions, de provoquer ceux de nos compatriotes qui ne partagent pas nos vues et nos

engagements.

 

Je crois dans notre jeunesse.

Je crois dans le Gabon.

 

Que les pères fondateurs de notre Nation, que nos ancêtres et que Dieu le Tout Puissant

veillent sur nous tous et sur nos familles.   

 

Théophane Nzame-Biyoghe

Libreville, le 31 août 2016

AyaChebbi
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